Jardin des Retours :
Dans les années 1980, en parallèle de la restauration de la Corderie Royale, la Ville a lancé un concours pour l’aménagement des abords de la Corderie et de l’Arsenal. Le lauréat fut Bernard Lassus, jeune paysagiste, qui conçoit alors le projet d’un parc urbain jouant le rôle de charnière entre la ville et l’océan, via la Corderie et la Charente.
Le projet, ambitieux, a suscité des débats. Jean-Louis Frot, maire de l’époque, a beaucoup œuvré pour sa réalisation. L’État associera par la suite le jardin au monument dans le cadre des « Grands Projets » impulsés par François Mitterrand.
Le parc se compose de quatre jardins, quatre ambiances :
Jardin de la Marine
Jardin de La Galissonnière
Jardin des Amériques
Jardin des Retours
Aujourd’hui, hormis le Jardin de la Marine, peu de personnes situent clairement les autres jardins. Dans l’usage courant, l’ensemble du parc est appelé « Jardin des Retours ».
Un jardin vivant et inspiré de l’histoire
L’idée de Bernard Lassus était de ne pas tomber dans le piège du jardin à la française, inadapté selon lui à un site industriel (et non à un château). Il voulait un site vivant, d’où l’introduction de ce qu’il appelait des « folies », c’est-à-dire des animations ponctuelles ou des éléments d’agrément surprenants.
L’aménagement paysager côté Charente, plus soigné (à l’image de la façade de la Corderie), visait à créer des bosquets sans masquer la vue sur le bâtiment. Il a donc conçu des percées visuelles, ou « cônes de vue », à travers les plantations.
Le Jardin des Retours s’appuie sur l’histoire du site, et en particulier sur le rôle des botanistes qui ramenaient des espèces nouvelles de leurs voyages. À l’emplacement du Jardin de la Marine se trouvait autrefois un jardin d’acclimatation. Les espèces choisies pour le projet rappellent cette histoire : palmiers, tulipiers de Virginie, etc.
Bernard Lassus souhaitait également créer des serres afin d’y installer un « marché aux fleurs », mettant en avant notamment le bégonia.
Bien que le Conservatoire du Bégonia ait été créé en 1993 dans une serre de 1000 m² au centre horticole de la Ville, le site de la Corderie n’a jamais accueilli d’espace dédié à cet usage.
Le projet de parc ne sera finalement jamais réalisé dans sa totalité. Pire, à partir des années 2010, certains éléments appelés « les folies » se trouvent très dégradés, ou ont été supprimés pour laisser place à de nouveaux aménagements (Arsenal des Mers, périscope, Océana Lumina).
Ces modifications posent la question des droits de propriété intellectuelle de Bernard Lassus, qui a toujours été défavorable à tout réaménagement, considérant que le projet initial, approuvé et validé par un jury indépendant, devait être strictement respecté. Pour lui, seul ce jury, restait légitime pour autoriser des modifications.
Descriptions des animations dites « folies » :
Une serre dans le Jardin de la Marine
Cette serre devait accueillir un marché aux fleurs, avec des événements comme une fête des fleurs. Ce projet ne sera jamais réalisé.
Classé, le jardin interdit toute modification importante. Bernard Lassus souhaitait pourtant couper des arbres et reconfigurer l’espace pour ouvrir une vue sur la Charente.
Aire des Gréements
Installée sur un ancien blockhaus, cette aire symbolisait le voyage et les découvertes botaniques, avec des pots en béton imitation osier (les « tontines ») présentant des fleurs rares et exotiques. Elle servait aussi à montrer les gréements et cordages fabriqués jadis à Rochefort, tout en étant une aire de jeux.
Mais cette structure posait un problème de sécurité : les jeunes grimpaient aux mâts et aux haubans. Elle a d’abord été clôturée, puis prise en charge par l’AAPIQ sous la Mandature de Bernard Grasset.
Malheureusement, la construction en bois (de mauvaise qualité ?) s’est fortement dégradée, au point d’être aujourd’hui inutilisable et irrécupérable.
L’association Hermione-La Fayette a envisagé, il y a quelques années, de la restaurer pour la formation des gabiers, mais le projet n’a pas abouti.
Le Conseil de Quartier Centre Ville s’est également penché sur le devenir de cette aire. Il a conclu que le site pourrait être réaménagé et modifié pour plus de sécurité, mais :
Bernard Lassus, vexé par le traitement réservé à son œuvre par la municipalité, a fait valoir ses droits de propriété intellectuelle pour s’opposer à toute modification ;
la Ville, de son côté, dit ne pas disposer de budget pour engager des travaux. Un plan d’entretien serait à l’étude, en attendant l'Aire des Gréements est quasi disparu.
Les flammes des Amiraux
Installée sur le môle central, entre les deux formes de radoub, cette animation était une impressionnante collection de drapeaux avec blason installés sur 16 mâts :
Dix mâts pour les pavillons des anciens amiraux de Rochefort,
six autres mâts arborant des pavillons de signalisation d’escadre.
Ils ont été retirés officiellement à l’occasion du départ de l’Hermione, puis pour des travaux de consolidation du môle. Ils n’ont jamais été remis en place.
Aujourd’hui, c’est un périscope géant qui occupe l’espace, sans le consentement de Bernard Lassus. Celui-ci avait pourtant imaginé, avec les pavillons, une animation ludique sur la communication entre navires par pavillons.
Le Labyrinthe des Batailles navales
Jamais réellement finalisé. Dans les années 2010, des maquettes colorées en matériaux composites sont installées (réalisées par le Lycée Dassault), mais elles ne resteront pas.
L’idée initiale de Bernard Lassus était de représenter en maquettes les vaisseaux construits à Rochefort à différentes époques, en situation de batailles navales, accompagnées d’un dispositif audiovisuel didactique.
La hauteur variable des haies symbolise une mer en mouvement.
Problème récurrent : le labyrinthe nécessitait une surveillance particulière. Des attaques fongiques ont été observées sur plusieurs arbustes dont la santé s’en est trouvée altérée.
La serre « Charles Plumier »
Projet autour d’activités horticoles, avec le bégonia comme élément central, dans le cadre d’un concept de "plante culturelle".
Un festival national, voire international, nommé « Les Bégoniales » était envisagé.
Cette serre aurait pu être implantée dans la cour située derrière le restaurant Les Longitudes, mais elle ne verra jamais le jour.
La Corderie Royal :
Aujourd’hui, la Corderie Royale abrite principalement trois structures :
le siège de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Charente-Maritime,
la médiathèque,
et le Centre International de la Mer (CIM).
Elle a également accueilli, à ses débuts, le premier siège de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO).
Focus sur le Centre International de la Mer (CIM) :
Peu connu des Rochefortais·es, le CIM joue pourtant un rôle culturel central sur le site. Il gère : la librairie, le restaurant des Longitudes, une boutique de souvenirs, les expositions permanentes et temporaires, des résidences d’artistes ainsi que le prix littéraire "Mémoire de la Mer".
Le CIM conçoit également des expositions et du mobilier muséographique pour des musées et centres culturels partout en France, tout en apportant son expertise aux collectivités dans le domaine maritime et muséal.
Plus d’une quarantaine de personnes y travaillent, sous la direction de Emmanuel de Fontainieu, en poste depuis une trentaine d’années. Il est une figure locale incontournable, ayant notamment été un acteur clé dans l’aventure de l’Hermione.
Le CIM n’est ni une entreprise ni un musée au sens classique. Il s’agit d’un centre culturel et artistique, créateur de contenus culturels, financé principalement par ses propres activités. Son objectif initial est de promouvoir la mer.
Plusieurs présidents se sont succédé au fil du temps, apportant chacun une vision nouvelle. Parmi eux, Érik Orsenna, qui a contribué à renouveler la direction artistique.
Le président actuel, Olivier Poivre d’Arvor, souhaite orienter l’action culturelle du CIM vers les "fleuves du monde", apportant ainsi une nouvelle dimension artistique.
Le CIM est indissociable de la Corderie, puisqu’il y est installé depuis le début de la restauration du site en 1985.
Olivier Poivre d’Arvor et le CIM réfléchissent actuellement au possible rapatriement de l’Hermione à Rochefort, afin de sauver le navire en en faisant un bateau-musée.